dimanche 3 novembre 2013

"Astérix chez les Pictes" ou comment passer la main

A moins de vivre dans une grotte coupé du monde, vous savez certainement qu'un nouvel album des aventures d'Asterix était sorti le mois dernier. Après, selon l'intérêt que vous avez porté à l'information, peut être savez vous ou non que ce nouvel album est le fruit du travail d'une nouvel équipe créative même si Uderzo garde toujours un droit de regard.

En bande dessinée franco-belge, selon les cas, la mort du créateur d'une série sonne souvent le glas de cette dernière : Hergé a emporté Tintin dans sa tombe tout comme Hugo Pratt son Corto Maltesse. En effet, chez nous les séries et leurs personnages sont la propriété intellectuelle de leurs créateurs. Cela peut surprendre le lecteur de comics, car aux USA les scénaristes et dessinateurs ne sont que des prestataires rémunérés par un éditeurs pour écrire ou dessiner un nombre donné de numéro des aventures d'un personnage puis passer à un autre. La bas, en effet, les personnages sont la propriété des éditeurs (DC et Marvel par exemple) et non de leurs auteurs mis à part quelques exceptions (Image). Cela existe également dans une moindre mesure chez nous et de temps en temps certains auteurs de leur vivant ou à titre posthume peuvent autoriser leur éditeurs à poursuivre leur travail. Cela a été le cas par exemple pour Blake et Mortimer ou Spirou qui perdurent plus de 70 ans après leur création et le décès de leurs pères respectifs.
Avec ce nouvel album la série d'Asterix rejoint cette dernière catégorie.

La série est née dans les pages du journal Pilote en 1959. Ses géniaux auteurs, Goscinny à la plume et Uderzo au dessin vont réaliser ensemble 25 albums tous plus meilleurs les uns que les autres. Goscinny avait l'art de traduire les travers de notre société moderne dans les aventures d'Asterix et maniait un humour fin et subtil. Uderzo quand à lui illustrait avec brio ces aventures. Malheureusement, ironie de la vie, Goscinny décède en 1977 d'une crise cardiaque lors d'un test d'effort chez un cardiologue.
Pour moi, c'est à partir de là que le série à dégringolé. En effet, Uderzo, souhaitant continuer à faire vivre la série, a alors décidé de prendre la double casquette de scénariste-dessinateur. Si le dessin était toujours égal à lui même, les scénarios avaient eux perdu leur profondeur sociale pour devenir bien plus basique. Le rythme de parution va alors sérieusement baisser car on passe de un à deux albums annuels du temps du duo à 8 albums en 25 ans (de 1980 à 2005). La série à même failli s'arrêter purement et simplement, tout au moins pour l'aspect bande dessinée, le merchandising continuant lui (cinéma, dessins animés, jouets, etc...). 
En effet, en 2005, Uderzo voulant sûrement rajeunir son personnage décide de sortir "Le ciel lui tombe sur la tête" où il raconte une invasion par des extraterrestres du village gaulois avec un mélange indigeste de manga et de Disney. Les critiques impitoyables (mais malheureusement justifiées) de l'époque avaient alors profondément attristé Uderzo qui avait alors décidé de raccrocher les gants.

C'est donc, avec surprise et curiosité, que j'ai appris en début d'année que Uderzo avait pris la décision de passer la main à une nouvelle équipe créative pour continuer les aventures d'Asterix. Au scénario arrive donc Jean Yves Ferri (qui a entre autre déjà travaillé avec Larcenet sur Le retour à la Terre) et au dessin Didier Conrad (apparemment un dessinateur connu mais pas par moi).

Alors de quoi parle cet album ? Et bien, on revient ici à l'une des bases des récits d'Asterix à savoir la découverte d'autres pays et de leur culture. Ici c'est la Calédonie (Écosse) et ses Pictes. L'histoire en elle même n'est pas super originale : un picte vient s'échouer sur les plages du village de nos héros et ces derniers vont l'aider à rentrer chez lui pour retrouver son trône et sa fiancée. L'histoire est assez basique et ultra prévisible. Ne vous attendez surtout pas à être surpris part un twist du scénario car il n'y en a pas. Néanmoins, l'histoire se révèle plus agréable à lire que celles des albums de ces 30 dernières années. L'humour est très présent par le biais de répliques faisant mouche. Si l'on ne retrouve pas encore la qualité d'un Goscinny on s'en rapproche tout de même. Le dessin n'est pas si mal que cela même si je pense qu'il faudra encore un ou deux albums pour être parfaitement maîtrisé. Globalement le style est quasi identique à quelques cases près de celui d'Uderzo.

En conclusion, sans être un chef d'œuvre, ce nouvel album est assez sympathique à lire et laisse espérer que cette grande licence qu'est Astérix pourrait renaître de ses cendres. J'espère que d'autres albums sortiront avec un style qui gagnera en maîtrise.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire