dimanche 20 octobre 2013

Celui qui adorais (et aime toujours) les jeux de rôle

Être porteur du syndrome d'asperger est loin d'être quelque chose de facile à vivre.
Actuellement à 42 ans j'ai appris à m'accommoder ou à composer avec mes incapacités et mes limites. Ce n'est pas parfait loin de là, mais je parviens à faire avec et j'arrive tant bien que mal à tromper mon monde pour ce que je n'arrive pas à faire.
Quand j'étais enfant il n'en était pas de même. Je ne comprenais pas le monde qui m'entourait et étais quasiment incapable d'interagir avec les enfants de mon âge. Les émotions et les rapports humains étaient pour moi comme une langue étrangère barbare.

Je compensais cet handicap par une vie intérieure bouillonnante.
Contrairement à ce que certains disent, nous les aspies avons très souvent une imagination débordante. Personnellement, la mienne n'a pas de limite ou tout au moins je ne l'ai jamais trouvé. Laissez moi seul cinq minutes et je vais commencer à imaginer un monde merveilleux de toutes pièces.
Enfant je dévorais tout ce qui avait trait au fantastique, à l'aventure et au merveilleux. Les contes et légendes de tout les pays et de toutes les religions n'avaient pas de secret pour moi. Cela a commencé par les romans et encyclopédies diverses du rayon enfant de la bibliothèque en bas de chez moi, puis très vite j'ai dévoré la section adulte tout de même plus adaptée pour un petit bambin de 10/12 ans assoiffé de connaissance.
À un moment, j'ai trouvé que les romans avaient des limites car bien souvent j'étais déçus par les choix des héros, le manque d’ambition des auteurs et par la rigidité du support.
C'est donc tout naturellement que j'ai basculé dans l'univers des Livres dont vous êtes le héros qui m'ont séduit par leur concept de récit interactif. Certes, la plupart de ces livres n'étaient pas des chefs d’œuvres de la littérature mais ils m'ont montré que mes choix pouvaient interagir avec mon environnement. D'un seul coup un récit rigide prévus pour aller d'un point A à un point B pouvait au lieu de cela aller en Z en passant par toutes les lettres de l'alphabet si je le souhaitais (et que l'auteur l'avait prévus).
Si ces livres dont vous êtes le héros étaient intéressant, là encore j'ai trouvé leur limite et je me suis tourné vers le jeu de rôle.

Dans les années 80 c'était un peu la disette en France question JdR. Les jeux en VO étaient difficilement trouvable et les éditeurs français ne se bousculaient pas au portillon. Quand on voulait découvrir le JdR on prenait ce qui existait.
J'ai donc commencé avec l'Oeil Noir (un clone allemand au rabais de Donjon & Dragon) qui était commercialisé par Gallimard. Le jeu était super restreint, avec un univers et des scénarios très proche de ceux des Livres dont vous êtes le héros mais pour un début cela était acceptable.
Puis je suis passé au vrai Donjon & Dragon (avec l'univers de Gazetter) pour ensuite passer à sa version avancée AD&D (avec les Royaumes Oubliés). Ces deux jeux étaient en anglais et moi, qui étais nul à l'école car je ne voyais pas l'intérêt d'apprendre la langue, suis devenu bilingue à la vitesse de l'éclair pour pouvoir lire les manuels de jeu.
En parallèle de ces jeux médiévaux fantastique de base, j'ai exploré de nombreux univers au fil des années : Star Wars, Paranoïa, l'appel de Cthulhu, Stormbringer, Hawkmoon, Méga, Runequest, In nomine satanis / Magna veritas, etc...
En gros de 1985 à 1995 j'ai du lire ou jouer à tout ce qui est sorti ou presque.

Vous me direz avec justesse comment un aspie peut pratiquer des jeux de rôles sachant que cela implique des interactions multiple et répétées avec tout les membres du groupe de jeu. 
Et bien cela pourra vous paraître étrange mais cela ce passe très bien. Il faut dire qu'à l'époque les amateurs de jeux de rôles n'étaient pas légion et faisaient partie d'une communauté que maintenant on appellerait Geek ou Nerd. En gros ce n'étaient pas les plus populaires de la cours d'école et ils savaient ce que c'était d'être rejeté ou d'être différents. Ils faisaient preuve d'une grande ouverture d'esprit et acceptaient ma différence sans moquerie.
C'est à cette époque où j'ai appris à construire ma machine à faire semblant. Le jeu de rôle est en effet un véritable laboratoire pour un aspie. Chaque personnage que vous créez est une expérience de personnalité et un peu comme dans une pièce de théâtre vous allez alterner avec les rôles. Un coup vous allez être un fier et impétueux chevalier, le lendemain une jeune et riche héritière jouant de son charme, ensuite vous serez un chasseur de prime intergalactique impitoyable, etc...
Pour quelqu'un comme moi qui était pour ainsi dire dépourvu de personnalité et ne sachant pas lire les autres, le jeu de rôle a été une véritable école de la vie.
J'adorais lire les manuels de jeu, les scénarios et les guides divers. Je trouvais passionnant de trouver tout et n'importe quoi dans ces livres. Je trouve le monde dans lequel on vit (le monde réel) très frustrant et fade. Il y a tellement de questions sans réponses et de zones blanches que l'on ne peut pas tout savoir sur tout ni savoir si ce que l'on lit est la réalité ou une interprétation. Dans le jeu de rôle vous trouvez des univers structuré et cohérent où vous pouvez apprendre des choses que vous ne pourrez jamais savoir dans la réalité.
Si cela peut paraître surprenant j'ai passé beaucoup plus de temps à lire des livres de jeu de rôle, créer des scénarios ou créer des personnages qu'à jouer. En effet, c'est cet aspect du jeu de rôle que je préfère.
Une de mes passions chaque fois que je découvrais un nouveau jeu de rôle était d'utiliser le système de jeu pour me recréer de tout pièce et ainsi avoir un avatar codifier de moi même. Pour cela le meilleur jeu que j'ai pu trouver est L'appel de Cthulhu qui avec son système de règle très souple et contemporain était parfait pour cela. Cela peut paraître bizarre mais j'aimais (et j'aime toujours) me recréer et recréer les personnes qui m'entourent de cette façon.
À la fin des années 90 les hasards de la vie et le départ progressif des personnes avec lesquels je jouais ont fait que lentement mais sûrement j'ai arrêté les jeux de rôles. De plus c'est à cette période que les médias ont commencé à diaboliser cette activité au point que l'on passait pour un attardé voir un dangereux psychopathe si l'on avouait honteusement les pratiquer.

Je ne sait pas si les jeux de rôle peuvent aider les aspies à se construire mais dans mon cas cela a été un élément essentiel de ma vie et sans eux je pense que je ne serais pas celui que je suis maintenant. Grâce eux, si je le souhaite, je peux être qui je veux et prendre n'importe qu'elle personnalité. J'ai également appris à comprendre les autres et trouver un moyen de canaliser mon imagination.

Dernièrement j'ai trouvé que je n'étais pas le seul aspie à partager ce point de vue et l'animatrice du vidéo blog TheAnMish (elle même aspie) a consacré un article (en anglais) à ce sujet.

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